Après avoir convoqué la ministre de l'Intérieur mardi pour lui demander «d'ouvrir rapidement une concertation» sur le fichier Edvige, et après l'avoir retenue mercredi à l'issue du conseil des ministres, le président de la République semble s'impatienter, et l'a fait savoir en s'exprimant publiquement, jeudi 11 septembre, lors d'un déplacement en Charente-Maritime.
Pour Nicolas Sarkozy, «cette affaire [sur Edvige] n'a pas été expliquée comme elle aurait dû être expliquée. Ce n'est pas la peine de faire des polémiques, il faut prendre des décisions, et je souhaite que ces décisions soient prises dans les tout prochains jours.» Cela sonne clairement comme un rappel à l'ordre public pour Michèle Alliot-Marie, bien qu'il ait précisé qu'il lui «faisait confiance pour conduire la concertation». Il lui fait tellement confiance qu'il s'est senti obligé de fixer publiquement le cadre de la concertation: «une règle très simple: tout ce qui est nécessaire à la sécurité des Français, il faut le garder. Tout ce qui n'est pas indispensable à la sécurité des Français, il faut l'enlever, je précise, bien sûr, dans le cadre de ce fichier.» Le président de la République n'a donc pas clairement indiqué si les données relatives à la vie sexuelle et à la santé allaient être retirées, même si des sources proches du dossier laissent entendre que cela devrait être le cas.
En tous cas, la méthode utilisée par la ministre de l'Intérieur pour conduire «la concertation» risque fort de ne pas calmer les opposants. Elle a opté, pour débuter cette concertation, pour recevoir le président de la Commission nationale informatiques et libertés (CNIL), Alex Türk, pour faire «un tour d'horizon». Une belle manœuvre, dans la mesure où les discussions entre le ministère et la CNIL se sont déroulées avant la publication du décret, et que la CNIL a déjà publié un avis avec de nombreuses réserves. Pas besoin de recevoir le président de la CNIL pour connaître les réserves de cette autorité administrative indépendante.
Plus grave, dans un communiqué de presse du 11 septembre, le Collectif contre l'homophobie précise que Michèle Alliot-Marie «refuse de recevoir conjointement les 12 organisations à l'origine du recours du 29 août 2008 [devant le Conseil d'État] et de la pétition», et qu'elle «souhaite organiser des réunions thématiques dont seraient exclues ces organisations». Et le Collectif contre l'homophobie de regretter: «après avoir tenté vainement de convaincre tel ou tel responsable syndical de le recevoir en tête à tête, Madame Alliot-Marie se livre au même type de tentative de débauchage du côté des associations LGBT». Et de conclure: «N'en déplaise à Madame Alliot-Marie, l'unité associative et syndicale des 12 organisations tiendra jusqu'au retrait définitif du fichier Edvige». Le collectif demande désormais à changer d'interlocuteur au gouvernement, et à s'adresser directement au Premier ministre François Fillon.
Source: Têtu.com
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