Un historien juif qualifie d'erreur le monument aux homos victimes du nazisme
Article du 29/05/2008
Le monument inauguré mardi à Berlin en mémoire des homosexuels victimes du nazisme a été qualifié d'erreur par un historien de l'institut Yad Vashem de Jérusalem. Par ses propos, Israël Gutman relance la polémique sur la déportation homosexuelle.
Le jugement a été rapporté mercredi par le quotidien polonais Rzeczpospolita. "Pendant de longues années, j'ai eu l'impression qu'après la guerre les Allemands avaient compris l'immensité des crimes de l'Holocauste qu'il avaient commis (...) Cette fois-ci, ils ont fait une erreur", a déclaré Israël Gutman, un historien de l'institut Yad Vashem de Jérusalem.
"L'endroit a été particulièrement mal choisi pour ce monument. Si les visiteurs peuvent avoir l'impression qu'il n'y avait pas de grande différence entre les souffrances des juifs et celles des homosexuels, c'est un scandale. Il faut garder les proportions", a-t-il ajouté.
Selon l'historien israélien, les homosexuels réprimés étaient "exclusivement des Allemands" et beaucoup ont été eux-même des nazis, "victimes de luttes politiques intestines au sein du NSDAP", le parti national-socialiste d'Adolf Hitler.
Il est parfaitement inexact d'un point de vue historique d'affirmer que seuls des homosexuels allemands ont été victimes des nazis. Des recherches officielles - françaises notamment - attestent de la déportation depuis la France d'homosexuels français.
En novembre 2007, ont été rendus publics des travaux conduits par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) sur la déportation depuis la France pendant la Seconde Guerre Mondiale de 63 homosexuels.
Ces recherches faisait suite à un précédent rapport de 2001, évoquant une première liste de 210 victimes homosexuelles. L'ensemble de ces travaux établissent clairement que la déportation depuis la France pour motif d’homosexualité est une réalité historique incontestable.
Il reste par ailleurs des dizaines de cas mis à jour et dont l’itinéraire reste à reconstituer. Le Mémorial de la Déportation Homosexuelle (MDH) a demandé au Ministère de la Défense et au Secrétariat d'Etat à la Défense la poursuite des recherches sur ces cas.
En Allemagne même, plus de 50 000 homosexuels ont été condamnés en vertu d'un article du code pénal abrogé seulement en 1969 - l'homosexualité n'étant totalement dépénalisée en Allemagne que depuis 1994. Selon les estimations, entre 5 000 et 15 000 homosexuels ont été déportés dans les camps de concentration, où plus de la moitié sont morts.
Le négationnisme à l'égard de la déportation homosexuelle a longtemps eu cours - hélas bien au-delà des milieux révisionnistes - avant que des recherches historiques en Allemagne et en Europe ne viennent rétablir la vérité.
En France, c'est au début des années 80 et de façon décisive à partir du témoignage de Pierre Seel, unique déporté pour homosexualité ayant publiquement brisé le silence, qu'un début de reconnaissance s'est esquissé.
Ces dernières années un mouvement de reconnaissance officielle de la part des Etats - l'Allemagne et la France notamment - s'est amorcé. Les organisations de déportés ont, elles aussi, pour la plupart reconnu la réalité de la déportation homosexuelle par les nazis.
Plusieurs monuments dédiés à la mémoire homosexuelle de la déportation ont été érigés à Amsterdam, Copenhague, San Francisco avant celui de Berlin. Un autre va être édifié prochainement en Israël, à Tel Aviv. Son principe a été approuvé il y a quelques jours par le conseil municipal de la ville et les organisations LGBT israéliennes.
Source: Ellico.com
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